La Maison de la Citoyenneté

Au commencement, la ferme Schurch, l’une des plus anciennes maisons de Kingersheim...

Une maison de type "Renaissance"

Tous les mystères de cette ancienne ferme du centre historique, dite Schurch du nom de son dernier exploitant, n’ont pas été levés, mais selon d’éminents spécialistes, cette maison daterait de la Renaissance. On trouve en effet à Magstatt une maison similaire dont la date est identifiée. Son intérêt historique, architectural et urbain ne fait aucun doute : la forme du pignon en maçonnerie de moellons est typique d’une maison "Renaissance". L’absence de débords de la couverture est également typique de cette période tandis que les cadres de fenêtres sont semblables à ceux de la maison Pfister de Colmar.

Les boulets de bombarde en grès encastrés dans la façade existent sur d’autres bâtiments de la même époque et ont été utilisés au plus tard au début du 16e siècle. Symbole d’un statut particulier par rapport à la rue, ils introduisent un langage hiérarchique avec les autres propriétés.

On peut avancer qu’il s’agissait de la maison dimière, ce qui en faisait la maison la plus ancienne de la commune puisqu’elle aurait survécu à l’incendie du village, en 1632, par les Suédois, lors de la guerre de Trente Ans (1618-1648). La maison dimière contenant les impôts en nature, les Suédois l’auraient alors épargnée pour ne pas perdre les vivres qu’elle contenait.

Au 20esiècle, la maison est devenue une ferme, jusqu’à l’arrêt de son activité en 2001. Autour du vaste rectangle de la cour fermée, s’agencent l’habitation et les bâtiments d’exploitation. Tout indique encore la puissance de l’exploitant dont la vocation céréalière s’exprime à travers la taille de la grange qui occupe l’essentiel de l’espace.

Une mobilisation salutaire

Fin 2002, l'ancienne ferme Schurch risque d'être démolie dans le cadre d'une transaction entre un particulier et un promoteur immobilier. Saisi par des riverains, le Tribunal administratif ordonne l'annulation du permis de construire mais valide le permis de démolir. Le bâtiment que le promoteur privé prévoit de construire sur le site est sans conteste trop gros pour s’insérer correctement dans le cœur de la commune. La Société d'Histoire de Kingersheim quant à elle alerte le maire sur la valeur patrimoniale de la ferme et sur son devenir. Le promoteur bénéficiaire de la décision juridique qui autorise la démolition est contacté par le maire qui lui demande de ne pas bouger. Est ensuite créé un comité d’experts, où siègent des représentants de la Société d'Histoire. Celui-ci valide les résultats de la mission de diagnostic historique et technique confiée à une agence indépendante et qui détermine comment l’on peut sauver et réhabiliter la ferme Schurch, et cela sans préjuger de son affectation future.

Conformément à cette étude, la Ville propose de déconstruire la ferme, qui par ailleurs menace de s’effondrer et dont la rénovation serait hors de prix, puis de la reconstituer au même endroit. La municipalité, qui avait en projet de doter la Ville d’une salle digne de ce nom pour les conseils municipaux et les mariages, réoriente alors son projet vers le site Schurch. Avec au bout du compte un projet moins coûteux.

Outre la mise en œuvre des mesures d'urgence, un conseil participatif est constitué dont la vocation est d'accompagner la démarche de manière participative. C'est ainsi que riverains, membres de la Société d'Histoire, personnes qualifiées rejoignent les élus dans le lancement du projet.

Cette décision est donc le fruit d'une réelle démarche participative qui préfigurait l'esprit dans lequel se déroulent souvent les délibérations actuelles.